Comment raconter ce lien ? Celui qui se tisse, secrètement, entre quelqu’un et son ordinateur personnel ? Où l’on oscille, sans cesse, entre affirmation de soi et influence extérieure. Où l’on cherche, dans le reflet de l’écran, ce que l’on n’arrive pas à voir dans le miroir du réel ? Hell. est une pièce née d’une enquête intime : celle d’une femme qui redécouvre un disque dur rempli d’archives de son passé sur internet et qui, en les parcourant, se retrouve confrontée à une version d’elle-même qu’elle avait oubliée. Sur scène, l’ordinateur devient un personnage vivant, un miroir déformant, un système autonome qui traite ses données et tente de la reconstituer — sans jamais y parvenir parfaitement. La pièce se déploie comme une succession de tableaux, des flashs de mémoire non linéaires, où le temps se boucle, se répète, se dérègle. La pièce traverse une douleur réelle. Elle parle de blessures, de tentatives de réparation, d’effondrements et de reconstructions. Mais elle est aussi une tentative de survie. En réactivant ces archives sur scène, Hell. cherche à transformer la mémoire en geste vivant, comme un acte de deuil, et d’amour. Pour celle qu’on a été. Pour celle qu’on devient. Pour celle qui continue d’exister, quelque part, dans les données, les regards, les machines.